Paul Cœuret  (1913 - 2006)

Mémoires d'un Résistant Férois.

 

 

 

 

 

 

 

 

Monsieur Paul Cœuret

Commandeur de la Légion d'Honneur en 1996.


Biographie

Rédigée par ses enfants Jean-Paul  et Dominique.

 

Paul   CŒURET est né à Reims le 5 décembre 1913, troisième d’une famille de six enfants.

Entré au Crédit Lyonnais en 1928, il effectue son service militaire dans l’artillerie anti-aérienne en 1933-34, puis est mobilisé à nouveau, comme sous-officier, en septembre 1939.

Muté une première fois à l’agence bancaire de Fère-en-Tardenois après l’armistice de 1940, il s’y installe avec sa famille et rayonne dans le Tardenois pour le compte de son employeur. Sportif, il joue au sein de l’équipe locale de football ; musicien, il joue dans l’harmonie municipale.

Dans la ville occupée, son âme de patriote lui vaut d’être coopté par le noyau local de résistants formé autour de Georges Thunière son chef, qu’il rejoint activement fin 1943. Il a 30 ans.

Cette équipe de partisans du réseau B.O.A. (Brigade d’Opérations Aériennes) reçoit périodiquement depuis l’Angleterre des parachutages d’armes : chacun alors se rend clandestinement, de nuit, à bicyclette, aux alentours de Beuvardes, Rugny, Arcy-Ste- Restitue, Fresnes…. Le groupe organise des caches d’armes en vue de préparer l’offensive armée qui aura pour mission de retarder les mouvements ennemis à l’approche du débarquement allié qui se prépare.

Paul participe à six parachutages et organisations de caches à proximité et dans les fermes exploitées par des résistants.

Alertés par ces vols nocturnes pourtant discrets, les Allemands deviennent nerveux et organisent des bouclages dont le dernier sera fatal : dans la nuit du 8 au 9 mai 1944, revenant d’un parachutage avec une quinzaine d’autres résistants, Paul tombe dans leur nasse et se trouve incarcéré par la Gestapo. D’abord questionnés et battus lui et ses amis par des tortionnaires à Château-Thierry, ils sont ensuite transférés à Compiègne où sont regroupés la plupart des résistants capturés.

Puis le 4 juin, embarqués à 110 hommes par wagon à bestiaux, ces « terroristes » pour les uns, « patriotes » pour les autres, partent pour les camps de la mort dont ils ne soupçonnent même pas l’existence ! A l’issue de trois jours et trois nuits de voyage, sans eau ni nourriture, deux captifs sont déjà morts et leurs bourreaux jettent leurs corps sur le ballast ! Leur seule satisfaction sera d’avoir su grâce à un cheminot que les Alliés ont débarqué en Normandie !

Affecté avec une partie de ses camarades au camp de concentration de Neuengamme près de Hanovre, Paul endurera coups et privations pendant treize mois, voyant ses amis disparaître les uns après les autres, leurs corps décharnés jetés dans une fosse commune abominable ou brûlés dans un de ces fours crématoires qui dégagent continuellement une fumée pestilentielle. Un récit qu’il a plus tard rédigé à la demande de ses trois enfants racontera le calvaire que fut cet internement inhumain.

A l’approche des Alliés qui ont déjà libéré la France et conquis une partie de l’Allemagne, avec quelques survivants, Paul est évacué à pied vers le tristement célèbre camp de Bergen-Belsen où règnent le typhus et la dysenterie qui les déciment. Là, les S.S. redoublent cruautés et privations.

Libéré par les Anglais le jour de Pâques 1945, il sera rapatrié vers l’Hôtel Lutétia à Paris, alors transformé en hôpital. Il ne pèse plus que 35 kg !

Malade pendant plus d’un an, soigné à Fère par des médecins locaux dévoués, il reçoit successivement trois fois les derniers sacrements…et miraculeusement, bien qu’encore faible, peut reprendre le travail à la banque à la fin de 1946.

Muté dans l’Yonne en 1947, puis à Sézanne dans la Marne vingt mois plus tard, il retrouvera progressivement la santé, montera en grade dans la banque, reviendra à Fère en 1961 comme directeur d’agence et militera alors dans les associations d’anciens combattants et de déportés.

Promu Lieutenant, il est décoré de la Croix de Guerre 1939-45 avec palme, et de la Médaille de la Résistance ; il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur en 1961, puis Officier dans le même ordre et enfin Commandeur en 1996. Ces décorations sanctionnent non seulement son activité militaire et résistante, mais aussi son engagement dans « le Devoir de Mémoire » qu’il assure auprès des enfants des écoles, ainsi que ses engagements civils successifs auprès des municipalités de Sézanne puis de Fère où il est premier adjoint pour deux mandats successifs.

Affecté par la disparition de sa fille, il décède fin 2006 à l’âge de 93 ans, n’ayant jamais cru pouvoir « résister » aussi longtemps aux mauvais traitements reçus ni atteindre ce bel âge de la sagesse, de la réflexion aussi sur la folie meurtrière de certains hommes, sur leur fanatisme belliqueux.

 

Les Mémoires de Paul Cœuret :

Prévenir Madame Cœuret que son fils Paul part pour l'Allemagne.

Photographies

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Décoration.

Remise de la Légion d'Honneur à Epernay en 1962

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Famille Cœuret en 1942

 

 

N'OUBLIONS JAMAIS